C’est quoi, une chanson rock ? Depuis Chuck Berry ou
Buddy Holly, on connaît la définition : un instantané de trois minutes qui
raconte une histoire de tous les jours sur un rythme exaltant. Voilà un énoncé
qui colle à merveille à la musique des BB Brunes. Ajoutez au tableau des
qualités indispensables comme la fougue, le laconisme et le charisme et vous
aurez un portrait assez fidèle de ces quatre garçons dans le vent de
l’histoire. Un groupe de rock, un vrai, qui allie enthousiasme et élégance,
tradition et modernité, énergie et musicalité. « Rock’n’roll will never
die » chantait jadis Neil Young, qui s’y entend en la matière. La preuve…
Il y a quatre ans, quand ils ont surgi, guitares au poing sur la scène du
Gibus, on s’est empressé de les proclamer chefs de file d’une nouvelle
génération de bébés rock. Un disque de platine, une Victoire de la Musique
(Artiste - Groupe Révélation Scène 2009) et des centaines de concerts plus
tard, ils ont surtout prouvé qu’ils étaient là pour durer. Plus flammes
que feux de paille. Car Adrien, Félix, Karim et Bérald n’ont pas vocation à
être les porte-drapeaux de quelque revival que ce soit. Leur unique motivation,
leur seul moteur, c’est le plaisir qu’ils prennent à faire de la musique. A
jouer soudés, comme d’autres dansent collés. Un gang, à l’image de leur tout
premier single, déjà un classique.
Après le succès de leur premier album, le trépidant « Blonde comme
moi », c’est un euphémisme d’affirmer qu’on les attendait au tournant.
Sauf qu’aux virages aléatoires, les BB Brunes préfèrent les lignes
droites. La « pression », comme on dit dans le
showbiz, ils n’en ont cure. Avant d’enregistrer ce deuxième album très attendu,
ils avaient déjà dans leurs bagages une bonne quarantaine de chansons. La vraie
difficulté fut d’en faire le tri. Retirés dans le studio du Hameau, au cœur de
la campagne normande, sous la houlette d’Antoine Gaillet (les Wampas, Julien
Doré, Mademoiselle K…), ils jetèrent les bases de dix-huit titres en une
semaine. Des morceaux joués quasiment live, yeux dans les yeux, têtes à têtes,
quatre à quatre. Des chansons proposées par Adrien, sur lesquelles les trois
autres ajoutent leur patte, peaufinent les arrangements, concoctent les breaks
et édifient les ponts : un ouvrage en forme d’architecture de
groupe.
D’emblée, on reconnaîtra le son déjà familier des BB Brunes : ces guitares
effervescentes, ces tempos débridés, ces mélodies agiles, ce mélange de candeur
et de mélancolie. A une différence près, de taille : celle de la maturité.
Car nos fans des Beatles et des Strokes, de Clash et des Arctic Monkeys, de
Gainsbourg ou de Dutronc, ont su dépasser leurs influences jusqu’à se forger
leur propre identité. Ce qui n’empêchera pas les oreilles averties de dénicher
ça et là quelques clins d’œil sonores : le sitar de « Quart
d’heure », hommage au Harrison des Fab Four, le rythme de « Ma
mods », évocation du « Lust for life » d’Iggy Pop, ou les
violons de « Brity Boy », qui rappellent les riches heures du rock
psyché. Jusqu’au morceau intitulé « Black and blue », référence
stonienne sur un riff que les White Stripes n’auraient pas désavoué, mais pris
ici au sens originel de l’expression : être couvert de coups et de bleus…
Coups de tête et bleus à l’âme. Jamais l’écriture d’Adrien, à la
singulière texture sonore et rythmique qui joue avec les allitérations et les
abréviations, n’aura autant reflété les émois et les désarrois d’une
génération (tiens, pourquoi ne dit-on pas les
« vingtenaires » ?) : angoisses amoureuses (« Seul ou
accompagné », « Bouche B », « Cola Maya »), tentations
et addictions en tous genres (« Dynamite », « M. la maudite »,
« Illumination »), besoin d’aventure et d’évasion (« Nico teen
love », version moderne de « Bonnie and Clyde » et titre de
l’album), goût du paraître (« Ma mods », dédié à toutes les
« fashion victims »), romantisme juvénile (« Brity boy »,
« La la love you »), humour absurde (« Gare au loup »,
interlude acoustique aux entrechats quasi folkloriques) et même …fantasme
érotique (« Peut-être pas cette fois »). Le deuxième opus des BB
Brunes s’intitule « Nico teen love ». Un album en forme de mue à
défaut de mutation, jusqu’à la voix d’Adrien, désormais aussi à l’aise dans les
basses sensuelles que dans les aigus féroces. Un album énergique et
mélancolique, fougueux et laconique. Un album de chansons rock. Neil Young
avait raison.



